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Une goutte de sang qui aide les victimes d'AVC

Bien que le traitement s’améliore régulièrement, de nombreuses personnes sont victimes d’une deuxième attaque cérébrale. C’est ce que Mira Katan de l’Hôpital universitaire de Zurich, privat-docent, veut faire changer. Elle étudie comment dépister les causes dans le sang et recherche une prévention plus ciblée pour éviter de nouveaux accidents.

En tant que neurologue, quelles sont les idées fausses auxquelles vous êtes confrontées au sujet de l’attaque cérébrale?
PD Dr Mira Katan:
Beaucoup de gens pensent que l’attaque cérébrale ne concerne que les personnes très âgées et malades, ce qui est faux. J’entends souvent dire que l’attaque cérébrale est un coup du sort et qu’on ne peut rien y faire. Cela aussi, c’est faux.

Combien y a-t-il de jeunes victimes d’attaques cérébrales?
L’attaque cérébrale frappe en Suisse toutes les 35 mi­nutes. Sans compter les personnes qui ont une attaque cérébrale par exemple chez elles et ne viennent pas à l’hôpital. Il y a donc aussi des cas non recensés, c’est certain. Environ 15% des personnes touchées ont entre 18 et 50 ans, même des enfants peuvent être concernés.

Dr Mira Katan
Les biomarqueurs peuvent révéler des processus pathologiques et mettre sur la piste d'un meilleur traitement.

La forme la plus fréquente est l’accident ischémique, donc un trouble circulatoire dans le cerveau, causé par un caillot qui obstrue un vaisseau et bloque la circulation du sang. Comment en arrive-t-on à cette obstruction?
Les causes sont très diverses, contrairement à l’infarctus du myocarde où l’obstruction est le plus souvent due à l’athérosclérose. Pour ce qui est de l’AVC, l’athérosclérose des gros vaisseaux est responsable de 15 à 20% des cas environ. Une autre cause fréquente est une pathologie des fins vaisseaux sanguins du cerveau. Enfin, une bonne partie des attaques cérébrales sont d’origine cardio­-embolique. Cela veut dire qu’un caillot qui se trouve dans le cœur est transporté par la circulation et parvient au cerveau. Mais chez 30% des patientes et patients, malgré tous les examens effectués, nous ne trouvons pas exactement ce qui a causé l’accident.

Quelles sont les conséquences pour ces patient-e-s?
Après le traitement aigu de l’attaque cérébrale, on veut absolument éviter un nouvel accident. Pour cela, nous devons savoir ce qui a causé le premier. Les patientes et patients chez lesquels nous ne sommes pas sûrs de la cause reçoivent le traitement préventif standard. Il est efficace, mais si nous connaissions la cause exacte, nous pourrions les soigner de manière plus ciblée et réduire encore mieux le risque de nouvel AVC.

Combien de personnes touchées sont-elles victimes d’un deuxième accident?
Elles sont relativement nombreuses, environ 8 à 12% au cours des cinq années qui suivent le premier. Malheu­reusement, ce taux n’a pas tellement diminué ces dernières années.

Dr Mira Katan
«Une grande partie des attaques cérébrales sont d’origine cardio-embolique. Cela veut dire qu’elles ont leur origine dans le cœur.» Dr Mira Katan

Comment voulez-vous faire pour éviter d’autres attaques cérébrales?
Des biomarqueurs qui se trouvent dans le sang nous aident à débusquer les causes inconnues de l’attaque cérébrale. J’ai en particulier recherché un biomarqueur spécifique de protéines du sang qui révèle une maladie de cœur sous­-jacente. Après de nombreuses études, nous savons à présent que chez une personne chez laquelle ce marqueur est élevé, c’est très probablement une maladie de cœur qui a causé l’attaque cérébrale. Cela veut dire qu’en raison d’un trouble du rythme cardiaque, un caillot s’est formé dans l’oreillette et a été chassé jusqu’au cerveau.

Dans quelle mesure cela modifie-t-il le traitement préventif?
Nous pouvons adapter le traitement anticoagulant. En cas de fibrillation auriculaire, le traitement par anti­coagulants oraux est beaucoup plus efficace que le traitement standard, plus faible, par antiagrégants plaquettaires. Si le marqueur est élevé, nous pensons donc qu’il est dans l’intérêt de la personne de prendre une anticoagulation plus forte. À la prochaine étape, nous allons devoir vérifier si c’est exact.

Comment procédez-vous?
Avec ce que l’on appelle une étude randomisée. Nous demandons aux patientes et patients qui ont eu un AVC s’ils veulent participer et nous les répartissons entre deux groupes tirés au sort. Les uns reçoivent le traitement standard habi­tuel, les autres l’anticoagulation orale. Au bout d’un certain temps, nous analysons combien d’AVC se sont pro­duits dans quel groupe. Une étude de ce type a lieu actuellement avec le soutien du Fonds national suisse et, entre autres, de la Fondation Suisse de Cardiologie, dans plusieurs hôpitaux en Suisse et à l’étranger.

Qu’attendez-vous des résultats?
Je suis très curieuse de les découvrir. Je rêve depuis longtemps de pouvoir recon­naître la cause d’un AVC et améliorer le traitement à l’aide d’une simple goutte de sang. Et j’espère pour les personnes concernées que mon rêve va se réaliser.

Vous n’êtes pas seulement chercheuse, vous soignez aussi des patient-e-s à l’hôpital. Quel est le travail que vous préférez?
J’aime les deux, ce sont des missions complémentaires. Quand on fait, comme moi, de la recherche clinique, je trouve qu’il faut aussi travailler en clinique. C’est là qu’on voit ce qui est important au quotidien en clinique, c’est-­à-­dire à quelles questions la recherche doit ré­pondre pour que nous puissions venir en aide aux pa­tientes et patients, mais aussi aux collègues, et faire avancer les choses.

Donc la recherche fait avancer les choses?
Ce qui est formidable, c’est que la recherche ne bénéficie pas seulement à une patiente ou un patient individuel. Si une hypothèse se vérifie et que nous découvrons une possibilité d’améliorer le diagnostic ou le traitement, ce sont en principe toutes les futures personnes touchées du monde entier qui en bénéficient. Je trouve que c’est une mission vraiment utile.

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La Fondation Suisse de Cardiologie soutient des projets de recherche pour mieux aider les patients à l'avenir. Vous aussi, aidez en faisant un don.


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